LES ANTONINIENS DE L'ATELIER D'ANTIOCHE SOUS LE REGNE DE PHILIPPE L'ARABE (244-249)

 

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CONTEXTE HISTORIQUE ET ECONOMIQUE


En 235 après J-C, l’Empire Romain, jadis si puissant, plonge dans une période de crise (appelée « anarchie militaire ») avec le meurtre de l'empereur Alexandre Sévère (222-235) par un de ses soldats, Maximin le Thrace, et la prise de pouvoir de celui-ci. Pendant les cinquante années qui suivent, les empereurs se succèdent, bien souvent sur un coup d’état de l’armée (l’année 238 compta jusqu'à 6 empereurs!), les usurpateurs surgissent de toutes les zones de l’Empire et les frontières sont régulièrement menacées par des envahisseurs barbares.

Mars 244 : l’empereur Gordien III, alors âgé de 19 ans, vient de mourir en territoire Perse, probablement sur un coup d’état de son nouveau préfet du prétoire Marcus Julius Philippus. L’invasion par les Perse de la Mésopotamie romaine en 241 et la menace contre la Syrie voisine avaient conduit le jeune Gordien III et son armée en Orient avec pour objectif de libérer ces territoires et de marcher jusque la capitale ennemie, Ctésiphon. Mais ce qui avait été réussi par l’empereur Septime Sévère en 198 se solde cette fois par la mort en octobre 243 de Timésithée, préfet du prétoire et véritable régent du règne de Gordien III, et par une terrible défaite romaine à Mésichê début 244.

Carte FRONTIERE PERSE

PAX FVNDATA CVM PERSIS

Marcus Julius Philippus, soutenu par l'armée, est alors nommé empereur. Pressé de revenir à Rome pour faire reconnaître son titre par le Sénat, Philippe Ier (dit « Philippe l’Arabe » du fait de ses origines) s’empresse de conclure un pacte avec le roi Perse Shapur Ier (241-272) et achète ainsi la paix de l'Empire contre une somme de 500 000 monnaies d'or, quelques territoires et le versement d’un tribut annuel. Afin de diffuser le portrait du nouvel empereur mais également dans un évident but de propagande, un atelier Oriental indéterminé (qui avait déjà frappé de nombreux antoniniens au nom de Gordien III entre 242 et mars 244) émet une série d'antoniniens au nom de Philippe dont les revers célèbrent le courage de l’armée (VIRTVS EXERCITVS), le retour de la paix dans l’Empire Romain (SPES FELICITATIS ORBIS) et, revers le plus explicite, la paix rétablie avec les Perse (PAX FVNDATA CVM PERSIS).

De retour à Rome, et désireux de fonder une dynastie, Philippe donne en 244 le titre d' Augusta à sa femme Marcia Otacilia Severa (Otacilie) et celui de César à son fils Marcus Julius Severus Philippus (Philippe II), avec l’idée de le nommer Auguste quelque temps plus tard, ce qui est fait en mai ou juin 247 ; Philippe II n’a alors que 10 ans. Pour célébrer cette nomination, l’atelier de Rome frappe une très rare série représentant les bustes de la famille impériale, tandis que l’atelier d’Antioche, qui avait semble-t'il arrêté la production d’antoniniens depuis le début de l’année 240, se remet à émettre, probablement jusque la fin de l’année 247. Ces monnaies avaient une nouvelle fois pour but de diffuser largement le portrait du nouvel empereur et de renforcer l’idée de dynastie, en particulier dans cette zone géographique de l’Empire où les émissions de Rome mettaient plus de temps à parvenir.

Portraits de la famille Impériale

Alors même que Philippe célèbre le millénaire de Rome en 248, des usurpateurs et autres barbares surgissent dans plusieurs régions de l’Empire ; il est probable que les besoins en numéraire des armées parties combattre ces envahisseurs soient à l’origine d’une nouvelle production d’antoniniens à Antioche au cours de l’année 249, qui s’achève avec la mort de Philippe l’Arabe en septembre 249, et l’assassinat de Philippe II par la garde prétorienne. Certains revers de cette émission, copiés des revers de Rome, font allusion aux Jeux du Millénaire : SAECVLVM NOVVM ("Le Nouveau Siècle") et AETERNITAS AVGG ("L’Eternité des Augustes").


La crise monétaire du IIIème siècle

Face aux usurpations et aux incursions barbares de plus en plus nombreuses au sein de l'Empire, les besoins en numéraire des armées (solde des militaires, nourriture des hommes et des chevaux, armes, ouvrages défensifs, etc...) ne cessent d'augmenter. Ajouté à l'instabilité du pouvoir impérial et aux pertes de revenus des zones dévastées par les barbares, la crise monétaire qui s'était profilée dès le début du IIIème siècle s'accentue dangereusement et l'antoninien - monnaie créée vers 214 pour tenter d'endiguer la crise et presque aussitôt abandonnée (219) - est de nouveau produit à partir de 238.

Bien que la teneur en métal précieux reste la même entre l'antoninien et le denier, l'antoninien qui est plus grand et 1,5 fois plus lourd se voit affecté d'une valeur de 2 deniers. La production du denier, alors devenue non rentable, est arrêtée sous le règne de Gordien III (on en connaît quand même quelques exemplaires sous Philippe, mais ils sont extrêmement rares!), et l'antoninien devient rapidement la principale monnaie du système monétaire romain. Mais les crises politiques de plus en plus nombreuses ne cessent de dévaluer l'antoninien dont la part d'argent chute vertigineusement depuis le règne de Gallien (253-268) jusqu'à la réforme d'Aurélien (270-275) qui en fixe en 274 le taux d'argent à 9%. Cette monnaie, qui s'appelle désormais l'Aurélianus, porte la marque XXI (ou KAA pour certains ateliers) en gage de sa valeur : 20 parts de cuivre pour 1 part d'argent.

Mais la dévaluation importante de l'antoninien a pour autre effet de devoir augmenter considérablement le nombre de monnaies en circulation : si Rome est de loin le principal atelier monétaire au milieu du IIIème siècle (sous Philippe l'Arabe, 90% à 95% des antoniniens sont produits par l'atelier de Rome, et 5 à 10% par l'atelier d'Antioche et l'atelier Oriental indéterminé), il ne peut bientôt plus subvenir aux besoins en numéraire de l'Empire qui voit alors l'ouverture de nombreux nouveaux ateliers dont chacun appose sa marque sur les monnaies produites. Rome arrête alors la production monétaire, et Antioche n'est plus qu'un atelier parmi tant d'autres, dont le style se déteriore peu à peu.



 

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